Les différents sites ouverts dans le cadre de la 5è édition du Festival international de Porto-Novo (Fip 2022) ne désemplissent pas. Au village du festival sis sur l’esplanade extérieure de l’Assemblée Nationale du Bénin tout est mis en place pour égayer le public. Entre la foire, l’exposition des œuvres du photographe Florian Ahouanhoun qui racontent le quotidien des Aïnonvis à travers les arts vodouns et les spectacles de musique, les festivaliers ne s’ennuient pas. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement lorsqu’on sait que le Maire Charlemagne Yankoti a décidé de faire de cette 5è édition du Fip une véritable fête populaire.

El-Hadj Affissou Anonrin

Outre le village du festival qui reçoit tous les soirs des artistes de renom à l’instar de Rico’s Campos, Sweet Glory du Groupe All Bax, Ayodélé Délé et bientôt le Monument de la musique béninoise Sagbohan Danialou (pour ne citer que ceux-là), plusieurs activités inscrites à l’agenda de ce festival se déroulent sur plusieurs autres sites dans une grande ferveur populaire. Le jeu traditionnel Ovê était l’une des grandes attractions de la journée du 4 janvier 2022. Ce jeu qui était jadis le passe-temps favori des populations de Porto-Novo a été remis au goût du jour pour le porter à la connaissance de la jeune génération dans le but de perpétuer la tradition. Il en est de même du Taxi-Kanan. Ces anciens vélos spécialisés dans le transport des paniers d’akassa ont défilé à la satisfaction des festivaliers. C’était lors de la 2è journée du festival. Selon  Geoffroy Wusa, un des membres du Comité d’organisation du Fip, « le concept Taxi-Kanan a été introduit dans l’agenda du Fip depuis la première édition ». L’objectif poursuivi, a-t-il dit, est de révéler aux festivaliers le rôle éminemment important qu’avait joué ce mode de locomotion dans la vie des Porto-Noviens. « Avant, il n’y avait pas les mototaxis aujourd’hui appelés zémidjans. Il n’y avait que des vélos. Et ce sont ces vélos qui aidaient nos mamans à transporter leurs marchandises. C’est un patrimoine culturel que nous ne voulons pas laisser disparaître. C’est la raison pour laquelle nous les avons insérés dans le programme du Festival  à travers un critérium qui a eu pour cadre le boulevard de Catchi qui était jadis leur lieu de ralliement », a dit Geoffroy Wusa.

Dans le cadre des activités inscrites au programme de la 5è édition du Fip, il y avait aussi la danse Egungun. Importée du Nigéria, cette danse est devenue une tradition au Bénin. Certaines familles comme les Alapini, les Lalèyè, les Fagla, les Agbantou…en sont les dépositaires. Les morts ne sont pas morts. L’esprit du défunt revient et se manifeste aux vivants à travers les Egungun. C’est la philosophie que véhicule d’ailleurs ce spectacle qui a drainé, comme à ses habitudes du monde.

La 5è édition du Fip, c’est aussi des visites touristiques, une randonnée lagunaire, le vernissage d’une exposition culturelle à la Maison du patrimoine. Et surtout le colloque scientifique qui a démarré hier jeudi 6 janvier 2022. Il a rassemblé à l’Ecole du patrimoine africain (Epa) plusieurs universitaires, des têtes couronnées, des spécialistes de l’art et du patrimoine venus d’horizons divers.Les visites touristiques du 4 janvier 2022 ont permis aux uns et aux autres de découvrir des œuvres artistiques dont l’histoire était encore très peu connue du public et d’apprendre davantage sur l’identité culturelle des Aïnonvis. Ce qui colle bien d’ailleurs avec le thème du festival qui est intitulé : « Restitution des patrimoines au Bénin, Recherches en provenance, densification et transmission des savoirs à Adjashè, Xogbonou, Porto-Novo». «Le Fip, c’est d’abord l’expression rassurante d’une cohabitation pacifique du Christianisme, de l’Islam et des Religions Endogènes. C’est le témoignage d’un vivre-ensemble séculaire, assumé depuis plusieurs générations et qui reste une source inépuisable de dialogue, de concertation et de respect mutuel, par la célébration conviviale des cultes et manifestations diverses. Le Fip 2022 est le fruit d’un mélange artistique issu des retrouvailles de tous les talentueux artistes de l’Ouémé et du Bénin, qui s’exprimeront à travers des dizaines de spectacles sur les esplanades de l’entrée de la ville et de l’Assemblée Nationale, sur les scènes du Centre Culturel Ouadada ainsi que sur la Place de l’Unité. Le Fip 2022, c’est des visites de sites touristiques rénovés dans la ville et des démonstrations de prestidigitation des ‘’égunguns’’, ‘’zangbétos’’ et ‘’gounoukos’’ sur des places stratégiques de la ville, dédiées à cet effet pour la circonstance, et faisant office de lieux d’animation et de valorisation d’une culture dont la légitimité dépasse aujourd’hui ses frontières d’origine pour devenir une source d’inspiration mondiale, le tout clôturé au dernier jour par la déambulation des centaines de masques représentant diverses divinités. Le Fip, c’est enfin un colloque scientifique conduit de main de maître par d’éminents professeurs d’universités venus du Bénin, du Nigeria, de la Côte-d’Ivoire, du Sénégal, de la France et des Etats-Unis sur le thème « Restitution des patrimoines du Bénin. Recherches en provenance, densification et transmission des savoirs à Adjashè, Xogbonu, Porto-Novo » qui sera lancé au cinquième jour du festival par une conférence inaugurale avec des travaux en ateliers et des restitutions en plénières pour la définition des lignes du colloque…», avait dit avec beaucoup de bonheur le Maire Charlemagne Yankoti le 2 janvier 2022 lorsqu’il lançait les hostilités de ce grand festival. Après six jours, les fruits tiennent bien la promesse des fleurs pour une apothéose qui s’annonce avec beaucoup d’assurance le 10 janvier 2022.