Un soutien pas comme les autres aux cantines scolaires gouvernementales.  Bertin Codjo Djaïto par le biais de son  organisation Bénin enfance éducation et santé pour tous (Best Bénin) s’est engagé depuis environ deux  ans  à  nourrir, gratuitement  tous les midis, les écoliers de l’Ecole primaire publique de    Houégangbé  dans la commune de Djakotomey, aux repas chauds. Dans cette école, la cantine est gratuite. Pas de contribution pour les parents. A travers cette action, cet ingénieur logisticien à la retraite, entend apporter son soutien à l’Etat à travers son programme national des cantines scolaires. Aussi, voudrait-il contribuer, un tant soit peu,  à l’augmentation du taux de fréquentation scolaire  et remédier à la  déscolarisation poussée des enfants dans le village de Houégangbé. Dans cet entretien,  ce donateur nous parle de la genèse du projet, de comment son  initiative s’arrime avec celle créée par le gouvernement,  de comment se gère cette cantine spéciale privée, de l’aide du Programme alimentaire mondial (Pam) pour la bonne gestion de l’initiative.  Bertin Codjo Djaïto n’attend pas voir cette cantine scolaire privée  s’arrêter en si bon chemin.  Son souhait est de voir les bonnes volontés soutenir l’initiative  uniquement en dons et en nature.  Il appelle tous à venir en aide à l’Etat pour renforcer cette initiative de cantine scolaire.  Chers lecteurs, je vous laisse lire cet entretien de Bertin Codjo Djaïto.  

 

De quoi retourne le financement de la cantine scolaire de cette école ?

L’école est créée depuis 1982. Et déjà au début il y avait les deux groupes pédagogiques. Mais deux ans après, on a constaté que les fréquentations ont commencé par diminuer. Ce qui a amené les pouvoirs publics à supprimer un groupe. Il n’y avait plus qu’un seul groupe pédagogique. Et avec le seul groupe pédagogique, on a constaté que l’effectif continuait à diminuer de façon progressive et dangereuse. On se demandait ce qu’il avait comme problème. Et comme nous, nous sommes natifs d’ici et que l’école n’est pas très loin du domicile de Djaïto que je suis,  nous avons commencé à chercher à savoir ce qui est à la base. Les raisons qui font que les gens ne fréquentent plus l’école. Et ce qu’on a remarqué, c’est des populations d’une extrême pauvreté. Les gens ont préféré envoyer dans les champs que de les abandonner dans les rues parce que les moyens manquent. C’est une école qui est à Djakotomey centre mais qui est en retrait de la ville. L’accès même à l’époque était difficile. Alors, mes enquêtes nous ont poussés à identifier ces raisons là. Ce que nous on a commencé par faire, c’est de commencer d’abord par donner des fournitures aux enfants, et depuis 2018, nous avons commencé par donner des manuels scolaires et nous avons mis en place une bibliothèque et de façon progressive on a constaté que le taux de réussite a commencé par changer et l’effectif aussi a commencé par augmenter. Jusqu’en 2019, qu’on a commencé à enregistrer 219 écoliers dans l’école contre 80 ou 50 à l’époque. Alors pour maintenir le rythme, on s’est dit,  est-ce qu’il ne faut pas donner à manger aux enfants. Pour d’abord les habituer à ne plus rentrer. Car les enquêtes ont prouvé que quand ils rentrent à midi, ils ne reviennent plus le soir. Parce que à la maison, les parents ne sont pas revenus des champs pour leurs donner à manger. Donc ils choisissent de ne plus revenir. Mais dès qu’on a eu l’idée de la cantine, on a demandé au gouvernement de nous autoriser à essayer la cantine privée et on a eu l’autorisation, donc mon Ong best Bénin en collaboration avec best France on a commencé par donner à manger aux enfants. Best, c’est Bénin enfants éducation et santé pour tous. Et lorsqu’on a commencé par donner à manger aux enfants, on a vu qu’ils ne rentraient plus à midi. Ceux qui rentraient revenaient très tôt. Le taux de fréquentation a commencé par s’augmenter, on a commencé par avoir des résultats très intéressants. Cette année, c’est 85% le directeur a eu contre 40 ou 50% à l’époque. Alors, vous comprenez que, le problème réel c’est la là nourriture, c’est l’entretien, le manque de moyens pour supporter leurs études. C’est ça qui nous a motivés à continuer. Et nous avons le plaisir de continuer à donner à manger à ces enfants. À la rentrée de cette année, nous sommes passés de 213 écoliers à 258. Ça veut dire, nous donnons à manger à 258 écoliers et de façon gratuite. Il n’y a pas une contre partie qu’on demande de la part des parents. Ils mangent, ils ont tout ce qu’ils doivent avoir pour les maintenir à l’école. La raison fondamentale c’est de faire en sorte que l’école puisse continuer à vivre et à donner des résultats probants, afin que des intellectuels, des cadres sortent de cette école pour que demain on sache que les gens ont fait des choses. Puisque nous-mêmes nous avons été aidés par des gens. C’est l’enfant de mon oncle qui est en France et moi qui avons imaginé cette opération pour pérenniser la mémoire de notre grand-père qui a été toujours généreux et fait en sorte que l’école puisse avoir de portée départementale pourquoi pas nationale. Le grand soutien que nous avons, c’est best France qui est le partenaire principal qui vient compléter les maigres moyens que nous avons pour pouvoir satisfaire ces enfants là. Ça fait déjà 2ans que la cantine a démarré. Mais 3ans déjà que nous avons commencé à venir en aide à l’école à travers l’ouverture de la bibliothèque et les fournitures etc.  Et cette année, tenez vous tranquille nous avons toujours pour donner l’engouement à tout le monde, aux populations, nous avons sélectionné les trois premiers au Cep à qui nous avons offert des bourses d’études gratuites de la 6ème jusqu’en terminale. Ils sont déjà dans les écoles. On les a pris entièrement en charge. Si quelqu’un redouble, il perd la bourse. Et c’être comme ça pour les autres de cette année, l’année suivante et ainsi de suite.

 

Alors comment votre initiative s’arrime avec celle créée par le gouvernement ?

Le gouvernement a exactement les mêmes préoccupations. Maintenir les enfants à l’école. Le gouvernement a constaté que les enfants qui rentrent à la maison à midi, n’arrivent pas à revenir à l’école le soir.  Tout simplement parce que la maman n’est pas encore revenue du moulin ou l’enfant n’a pas encore mangé, ou l’enfant vient très tardivement. Le gouvernement constatant la chose a choisi les écoles qu’il appelle les zones rouges, les écoles complètement enclavées. Et comme l’école de Pekagbé se trouve être dans le centre de Djakotomey, le gouvernement n’a pas cru devoir dans le premier lot prendre l’école là en charge. Mais mêmes résultats que nous avons, c’est les mêmes choses au plan national que le gouvernement obtient à travers son initiative, à savoir mettre en place des cantines scolaires pour rendre performant l’enseignement au niveau de ces écoles.

Le coût de cette initiative privée aux initiateurs

Globalement, si on ne tient pas compte des efforts physiques qu’on fait, ce qu’on fait tourne autour de 700.000 par mois.  Parce que les cantinières sont payées, le gardien de l’école est prise en charge par nous à moitié, le magasinier est payé, puisqu’on a un magasin. On est autour de 700.000 tous les mois. Que faites-vous aujourd’hui pour intégrer la communauté elle-même à ce que vous faites pour que si un jour si vous arrêtez, la communauté elle-même puisse continuer.

C’est l’une des préoccupations majeures. Notre souci, c’est de pérenniser ce que nous avons commencé et même souhaité que ça se multiplie au niveau des autres écoles. Puisque best Bénin, n’est pas une Ong localisée. C’est une Ong nationale. Donc nous devons chercher par tous les moyens pour faire en sorte que l’opération dure dans le temps. Donc pour cette raison nous avons l’obligation de rechercher d’abord d’autres partenaires, d’impliquer les populations de la localité. Ce que nous sommes en train de faire. Vous avez vu l’école qui est là, tout est propre. C’est la communauté elle-même qui s’est engagée pour rendre propre l’école. Et dans le même temps nous sommes en train d’aller vers eux pour leur montrer l’importance de ce que nous avons engagé et eux-mêmes à travers l’engouement qu’ils sont en train de manifester aujourd’hui, nous avons compris ces populations-là. Alors nous venons de lancer des demandes d’aide aux élus locaux, les maires, les députés etc. On a demandé des aides en nature. On a bien précisé en nature. Parce qu’il ne faut pas qu’ils aient l’impression qu’on veut de l’argent. On a fait des correspondances qu’on a envoyées à tous ceux-là. On vient de les envoyer, on n’a pas encore de retour. C’est pour dire quoi.  C’est pour dire que nous sommes en train de faire en sorte que, ces populations s’impliquent et que ça ne soit pas le travail d’une seule personne ou du moins une seule Ong.

Avez-vous mené des actions envers le programme alimentaire mondial Pam ?

Oui,  depuis la création. Je voulais profiter de votre micro pour les remercier. Parce que nous, on ne les a pas invité des les premiers temps.  Ils ont appris qu’il y a une école qui a une cantine privée et qui donne à manger gratuitement aux enfants, ils se sont déplacés; ils sont venus vers nous et on a commencé par travailler ensemble. Donc c’est eux qui nous ont conseillé d’avoir des registres d’entrée, des registres de sortie et de faire en sorte qu’il y est la transparence totale dans ce que nous faisons puisque un jour,  ils pourront voir la possibilité de nous aider. Et c’est comme ça que nous avons commencé par aller vers eux pour dire,  nous avons besoin de votre aide surtout pour les produits. Et comme ça, ce que nous dépensons nous n’allons pas mettre ça en poche. Nous allons l’utiliser pour d’autres choses surtout pour l’école. Ils ont promis nous aider. Mais vous savez que l’administration est souvent lourde. Parce que vous savez que Pam c’est l’État qui travaille avec eux,  donc il faut que nous on fasse partie d’un autre lot. Il y déjà un premier lot. Nous on est dans l’attente. Mais je ne doute pas que d’ici à là, ils nous viennent en aide.

Des espoirs pour les enfants !

Je peux vous dire que les enfants ont commencé par prendre conscience de façon progressive, vu les résultats que nous enregistrons au cours de l’année. Alors ce que nous avons à souhaiter, c’est que ces enfants grandissent et deviennent de grands cadres demain. C’est le souci. Et si chacun avec nos maigres moyens, on peut venir en aide à l’État comme ça, pour renforcer les initiatives que l’État a prises, nous pensons que avec ce qui se passe là, les enfants, au moins ce qu’on appelle le minimum social, ils auront ça pour aller plus loin.

 

Propos recueillis par Victorin Fassinou (La Presse du Jour)

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