Aux premières heures de la journée du samedi 11 décembre 2021, la Cour de répressions des  infractions économiques et du terrorisme (Criet) a rendu son verdict dans ce qu’on peut appeler le dossier  Reckya Madougou. Un verdict qui à l’instar de celui rendu en début de la même semaine condamne à une lourde peine en début  de prison la candidate recalée à la dernière présidentielle d’avril 2021.  Du coup, les uns et les autres sont contraints de réfléchir autrement et d’explorer la seule piste plausible qui s’offre à eux : celle de la clémence du Chef de l’Etat.

Avocats consuls, supporters, militants, sympathisants et autres n’ont plus le choix face aux décisions rendues par la justice dans les dossiers Frédéric Joel Aïvo et Reckya Madougou !  Dix ans de réclusion criminelle plus quarante-cinq millions d’amende pour le premier, vingt ans et cinquante millions de francs d’amende pour la seconde, la note parait bien salée pour que les uns et les autres continuent de faire semblant de ne pas voir la réalité en face.  Une réalité qui pourtant crève bien l’œil. Il est question si on s’en tient à la décision des juges que le premier, le professeur Joël Aïvo retourne en prison pour y séjourner encore pendant plus de neuf ans et la seconde l’ancien ministre de Boni Yayi plus de dix-neuf ans. Simplement parlant, c’est de cela qu’il s’agit dorénavant. Une réalité qui appelle les uns et les autres à la sagesse et au bon sens. Comment en sommes-nous arrivés à une telle situation ? Quoi faire à présent pour corriger le tir puisqu’il n’y a que les imbéciles qui ne se trompent jamais. Une seule réponse à savoir, mettre un terme aux problématiques inutiles et privilégier la piste de la clémence.  Cette réalité qui s’impose pour un dénouement heureux de ces dossiers, les avocats des deux principaux condamnées semblent l’avoir perçu. C’est du moins ce que laisse transparaitre la réaction de l’ »un d’entre eux qui s’est refusé à se prononcer par rapport à un éventuel  appel au sujet des verdicts prononcées. En effet, dans le cas d’espèce, un appel des décisions est synonyme de retour à la case de départ. Autrement dit, cela exclut toute possibilité d’explorer une autre piste que la justice. Plus important est que cela peut prendre tout le temps qu’il faut pour une issue incertaine. Toutes choses qui ne s’inscrivent pas dans la droite ligne d’un retour à la paix et à la réconciliation. Il y a donc forcément lieu d’œuvrer  pour la clémence du Chef de l’Etat. Cela est-il possible se demandent déjà certains au regard des antécédentes et des déballages qu’ont généré ces deux dossiers.

Rien n’est impossible

Il faut reconnaitre que la situation qu’a connue le Bénin cette année n’est pas unique que ce soit en Afrique ou ailleurs dans le monde. Il est vrai qu’il n’est pas à souhaiter non plus pour un pays. Le plus important, c’est de tout mettre en œuvre pour éviter qu’elle se complique comme cela a été le cas chez nous. Ce qui fait défaut, c’est qu’aussitôt, les élections terminées et les résultats définitifs proclamés, il a manqué dans notre pays des têtes fortes et crédibles pour œuvrer dans le sens du retour à la paix et à la réconciliation. Le bénin a manqué à ce moment précis de personnalités crédibles peu importe leur sensibilité pouvant agir dans l’ombre pour que le calme regagne la cité.  Au présent que les verdicts sont tombés, il y a lieu de comprendre qu’il n’est jamais tard pour mieux faire.  Des initiatives doivent être prises prioritairement à l’endroit du Chef de l’Etat, le seul à même de régler autrement ces deux dossiers. Non seulement que l’environnement s’y prête, mais aussi il y a plusieurs facteurs qui laissent croire qu’une telle piste connaitra sans doute un succès.

Pour ce qui est de l’environnement général depuis un moment on peut dire qu’il est caractérisé par un vent de décrispation. C’est la perception qu’il faut avoir de la série de libérations ces quatre dernières semaines de plusieurs détenus dans le cadre de la présidentielle d’Avril. Il est à souhaiter que cela se poursuive, même si cette dynamique est stoppée la semaine écoulée avec les deux verdicts rendus par la justice.

Pour en venir aux éléments qui militent en faveur de la piste de la clémence, il n’y a qu’aucun chef d’Etat sérieux qui n’aime qu’on lui fasse de la mauvaise publicité sur des questions sensibles comme le respect des droits de l’homme et des libertés. Le Président Patrice Talon n’échappera pas à cette réalité. Plus encore est que contrairement à ce qu’on peut imaginer, son parcours d’homme d’affaires aurait renforcé la conviction qu’un individu ou un peuple qu’a perdu sa liberté a tout perdu. Il n’a donc aucun intérêt à ce que ce soit le cas pour le Bénin, peut-on dire.

Dans la même logique, étant à son second mandat, le Chef de l’Etat ne perd pas de vue que tout l’oblige à laisser une armée plus unie, plus en paix et où il fait mieux vivre que son prédécesseur. Une telle exigence l’oblige à faire preuve de plus de souplesse que de rigidité dans la gestion de certains dossiers surtout que ses détracteurs ne ratent aucune occasion pour noircir son bilan malgré les réalisations pourtant visibles.

Enfin, il y a dans ce registre que le Président Patrice Talon plus que quiconque d’ailleurs doit avoir pleinement conscience de ce qu’il y a un temps pour toute chose et que tout pouvoir est temporaire. C’est d’ailleurs ce que cache sa volonté de vouloir limiter le mandat présidentiel à un seul. Par conséquent, l’après pouvoir se prépare également d’où la nécessité d’avoir l’œil du père de famille sur les enfants. Ces éléments mis ensembles suffisent pour décider les uns et les autres à aller à la solution de la clémence. Bien entendu que pour qu’elle soit effective, les uns et les autres doivent ramener la balle à terre. Toujours est-il que ce qu’on croit à priori difficile voire impossible se réalise souvent facilement à la surprise générale. Le Président Patrice Talon sur ce terrain risque de surprendre comme le Général Mathieu Kérékou l’avait fait lors de la  conférence nationale des forces vives. Ce sera une surprise pour le Bénin et avant d’être cette de ses artisans.

Marie-Richard Magnidet