Par décret N°2021-321 du 16 juin 2021, le gouvernement a transmis à l’Assemblée Nationale pour un débat d’orientation budgétaire (Dob) le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (Dpbep) accompagné des Documents de programmation pluriannuelle des dépenses (Dppd) conformément aux dispositions de l’article 5 de la loi organique N°2013-14 du 27 septembre 2013 relative aux lois de finances. La séance plénière de l’Assemblée Nationale qui s’est déroulée hier mardi 29 juin 2021 a été consacrée audit débat en présence de M. Romuald Wadagni, Ministre d’Etat en charge de l’économie et des finances. Ladite séance plénière a été présidée par le Président Louis G. Vlavonou.

EL-Hadj Affissou Anonrin

Le rapport élaboré par la Commission des finances de l’Assemblée Nationale et qui a  servi de base pour les échanges a présenté la situation économique et financière du Bénin sur la période 2018-2021; les perspectives économiques et financières sur la période 2022-2024. Par ailleurs, des amendements ont été apportés aux documents présentés par le gouvernement. Au plan national et du point de vue économique sur les trois dernières années, le taux de croissance moyen de l’économie béninoise s’est affiché à 5,8 %, indique le rapport de la Commission. Par ailleurs, le rythme de la richesse nationale est resté rapide en 2018 et 2019, en ressortant à 6,7% en 2018 et 6,9% en 2019. Ceci, malgré le contexte de fermeture des frontières du Nigéria. En 2020, le taux de croissance ressortirait à 3,8% contre une prévision initiale de 7,6% et une prévision révisée de 2,3%. Bien qu’étant en net ralentissement par rapport à la prévision initiale, le Bénin afficherait en 2020 la 3è meilleure croissance économique d’Afrique subsaharienne et la 1ère de la Cedeao. Ce niveau de croissance, largement supérieur aux prévisions révisées, s’explique principalement par la stratégie innovante de gestion de la pandémie du Covid-19 d’une part et par la reprise rapide de l’activité économique au second semestre de l’année 2020 d’autre part, mentionne le rapport qui a été présenté aux députés. Globalement, poursuit ledit rapport, la hausse du niveau de richesse, malgré le contexte de la pandémie, est principalement imputable à : l’amélioration de la production agricole, notamment le coton ; la hausse de l’activité d’égrenage en lien avec l’augmentation de la production du coton au cours de la campagne 2019-2020 ; les effets induits sur l’économie de la mise en service en août 2019 de la nouvelle centrale électrique de Maria-Gléta 2 ; la résilience des activités de services aux effets de la pandémie du Covid-19 et à la fermeture des frontières du Nigéria ; l’incidence des réformes de l’administration fiscale qui ont abouti à un dépassement des prévisions de recettes pré-Covid-19.Pour ce qui est de la situation financière, le rapport de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale mentionne que sur la période 2018-2021, les opérations financières de l’Etat ont été globalement marquées par une consolidation budgétaire, exceptée en 2020, en raison de la riposte budgétaire nécessaire à la situation de crise sanitaire. Ainsi, les recettes publiques totales des régies financières pour le compte de 2020 se sont établies à 1141,1 milliards de Fcfa contre 1088,0 milliards de F Cfa en 2019 et 1028,6 milliards de Fcfa en 2018. Pour ce qui est des dépenses, en 2020, les dépenses totales et prêts nets de l’Etat se sont affichés à 1719,8 milliards de Fcfa contre 1225,9 milliards de Fcfa en 2019 et 1305,9 milliards de Fcfa en 2018. Elles ont ainsi connu une hausse de 40,3% par rapport à 2019, mentionne le rapport.

En termes de déficit budgétaire et de financement de la dette, le rapport n’est pas resté muet. En effet, le déficit budgétaire dons compris qui se dégage sur la période sus-indiqué est ressorti en moyenne à 2,7% du Pib sur la période 2018-2021. Pour 2020, il s’est affiché à 4,7% du Pib contre 0,5% du PIB en 2019. « Cette détérioration du déficit budgétaire dons compris en pourcentage du Pib en 2020 est imputable aux efforts du gouvernement pour atténuer la propagation de la pandémie du Covid-19 et ses effets sur les entreprises et le social », a tenté d’expliquer le Ministre. «  Il est à retenir que bien que le déficit se soit causé par rapport aux données historiques, le Bénin affiche en 2020 le plus faible taux dans l’espace Uemoa, résultant de la bonne tenue des recettes publiques, même en période de pandémie et de maîtrise des dépenses », a souligné le Ministre Wadagni.

Les dettes de l’Etat

En matière d’endettement, l’encours de la dette publique en 2020 s’est établi à 4,156 milliards de Fcfa, soit 46,1% du Pib contre 3.476,6 milliards de  Fcfa en 2019 (41,2% du Pib). « La hausse du taux d’endettement à fin décembre 2020 s’explique  par la double crise sanitaire et économique de la Covid-19 qui a entraîné des besoins de financement additionnels imprévisibles. Ce taux est largement en dessous du celui de l’Afrique subsaharienne estimé à 56,2% par le Fmi en avril 2021 », peut-on lire dans le rapport présenté.

Les perspectives pour 2022-2024

« Au regard du cadrage macroéconomique, les ressources totales du budget général de l’Etat devraient afficher une hausse de 12,6% en moyenne annuelle sur la période 2022-2024. Spécifiquement en 2022, elles s’afficheraient à 1576,1 milliards de Fcfa contre 1428,8 milliards de Fcfa en 2021, soit une hausse de 9,7%. Les dépenses du budget général de l’Etat connaitraient un taux de progression moyen de 9,7% sur la période 2022-2024 », indique le rapport examiné et validé par les députés avec quelques amendements.

En matière de mobilisation de ressources, la politique se focalisera d’une part sur la sécurisation des ressources collectées et d’autre part, l’élargissement de l’assiette fiscale et la promotion du civisme fiscal. A l’horizon 2024, les ressources du budget de l’Etat atteindraient 2.036,562 milliards de Fcfa. Au niveau des charges, elles s’afficheraient à 2.347 ,885 milliards de F Cfa en 2024 contre 1.880 milliards de F Cfa en 2022, soit une hausse de 24,8%. Sur la base de l’évolution des ressources et des charges, le déficit budgétaire devrait enregistrer une amélioration et s’afficherait à 312,9 milliards de Fcfa en 2022 et passerait à 311,3 milliards de Fcfa en 2024, contre 350,2 milliards de Fcfa en 2021.

Préoccupations des députés

En commission comme en plénière, les députés ont exprimé plusieurs préoccupations. Ils ont aussi fait des amendements. Ils ont en effet cherché à savoir les dispositions qui ont été prises par le gouvernement pour maîtriser l’inflation des prix sur le marché et surtout les raisons qui justifient la suppression de l’Onasa. Le gouvernement a été aussi appelé à se prononcer sur l’impact de l’utilisation des ressources d’emprunt sur la vie des populations et à apporter des clarifications sur les investissements financés par les ressources issues des dettes contractées par le Bénin. L’autre préoccupation sur laquelle un accent particulier a été mis est la nécessité de prévoir dans le budget de 2022 l’augmentation du Smig et l’amélioration des salaires et des pensions. Il a été formellement recommandé au gouvernement de faire le bilan des impacts des réformes, secteur par secteur, sur les conditions de vie des populations.

A toutes ces préoccupations, le Ministre Wadagni a tenu à rassurer les uns et les autres. Pour ce qui est par exemple de la révision à la hausse du Smig, le Ministre Wadagni a annoncé que le gouvernement a projeté une réunion de concertation avec les centrales et confédérations syndicales. « Les conclusions de ladite réunion permettront au gouvernement de prendre une option définitive en la matière », a annoncé Romuald Wadagni.

Pour ce qui est de la question relative de à la suppression de l’Onasa, Romuald Wadagni a fait savoir que la rationalisation du paysage institutionnel constitue la réelle motivation de la décision du gouvernement à procéder à la liquidation ordonnée de certaines structures sous tutelle du Ministère de l’agriculture dont l’Onasa. Au plan technique, a-t-il poursuivi, cette réforme a fait l’option de mettre plutôt l’accent sur le renforcement des instruments de veille et d’alerte précoce (Système d’alerte rapide, système d’information sur les marchés) afin de détecter à temps, les signaux annonciateurs de crise en vue de la prise conséquente de mesures de prévention et/ou de gestion, plutôt que de constituer à coûts onéreux d’entretien, des stocks physiques parfois non utilisés compte tenu de la faible récurrence des situations sévères d’insécurité alimentaire au Bénin.

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