La statue en pied représentant le roi Ghézo est la plus lourde des « trésors royaux » restitués au Bénin par la France. L’homme-oiseau pèse 220 kg pour 2,1m60 de hauteur. Exposé, il est au palais de la marina depuis le 19 février 2021 dans le cadre de l’’exposition : « Arts du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la restitution à la révélation », le poids de l’artéfact est surprenant. Pourquoi pèse-t-elle plus lourd que tous les autres biens restitués ?

Le poids de ce trésor royal peut être analysé sous deux angles : d’abord la nature des matières utilisées, ensuite sa fonction spirituelle. La statue est une œuvre de Sossa Dèdè réalisée au 19e siècle. Elle est sculptée dans du « Kakètin », un des bois les plus ferreux de la forêt. Cette statue est composée de bois, de fers et de pigments.  C’est un Bochio.  Selon la tradition, un Bochio est une statue bénéfique qui a des pouvoirs mystiques.   Parmi les 26 trésors royaux, il est identifiable grâce aux lames de fer qui recouvrent son corps. Ces lames de fer évoquent le plumage de l’oiseau cardinal ‘’Ghé’’ dont le roi avait tiré son nom de règne, ’’Ghézo’’. « Ghé » en fon est un oiseau cardinal dont le plumage est tout rouge. Pour le roi, malgré cette couleur rouge de l’oiseau, il serait incapable d’incendier une forêt. D’où la tradition ‘’Ghézohêmansigbé’’. « Cette statue a donc une puissance mystique », selon un des guides à l’exposition. Celui-ci explique : « Le pieu sur lequel la statue est posée indique qu’elle était plantée et protégée sous un abri ».  Est-ce la puissance de l’artéfact qui lui donne ce poids ou est-ce parce qu’il est couvert de lames de fer ? Le mystère autour de la statue ne permet pas de donner une réponse précise à cette question.  Selon Alain Godonou de l’Agence Nationale de promotion des Patrimoines et de développement du Tourisme, ce poids peut être assimilé à la densité du bois utilisé pour sa sculpture. Il n’exclut pas une puissance mystique dans la réalisation de cette œuvre : « C’est même très probable qu’un bois de forte densité ait été choisi pour la puissance spirituelle aussi ».  L’historien d’art, professeur Romuald Tchibozo pense que cette statue est particulière à cause de l’aura même du roi Ghézo. Il souligne qu’en étudiant l’œuvre, l’on se rend compte qu’il y a beaucoup de fer, un matériau dont le rôle dans les traditions africaines est bien connu. Pour lui, « c’est un ensemble de choses qu’on a associées pour rendre la sculpture particulièrement efficace pour le royaume ». L’universitaire estime qu’un raisonnement scientifique ne suffirait pas pour comprendre le sens de l’œuvre : « Il y a forcément des choses derrière cette œuvre qu’on ne peut pas analyser visuellement, visiblement. C’est à cause de l’importance du roi Ghézo qu’on a dû réaliser cette sculpture avec cette facture. Ce qui est sûr, nos ancêtres ne faisaient rien à moitié, ils étaient toujours au complet. Et c’est ça qui rend encore plus fier de réussir à les ramener aujourd’hui. » Le poids et la puissance de cette statue ont retenu l’attention du Général Dodds qui a voulu en savoir plus sur sa nature. Il a alors décidé de lui faire une radiographie. Le résultat de cette radiographie a révélé que le corps de cet artéfact a « des vides dans lesquels on peut mettre des produits chargeables, des charges mystiques donc », explique un des guides de l’exposition. La statue était perçue comme un ange gardien des troupes armées de Ghézo et de toute la population.

Daniel DASSI

(École du patrimoine africain et Ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts/ Formation des journalistes culturels sur la restitution des biens culturels au Bénin par la France)