Homme-lion ! Debout, genou droit légèrement fléchi, poings serrés. Nous sommes en face d’une statue en pied, symbole du roi Glèlè. Un artefact chargé de sens, évoquant la puissance du souverain. Il s’agit d’une figure ‘’bocio’’, statue rituelle utilisée dans le Danxomè, au cours des processions annuelles. Elle est à voir au palais de la Marina depuis le 19 février, dans le cadre de l’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la Restitution à la Révélation ».

L’homme-lion, œuvre de Sossa Dede, symbolise la rage de défendre qui caractérisa le roi Glèlè. ‘’Glélilè ma yon sé’’ qui veut dire ‘’le champ labouré ne saurait jamais être déplacé’’. C’est ainsi que définirait Glèlè, le nom fort du roi. La tradition dans le Danxomè voulait qu’un nouveau se donne un nom fort. En symbolisant le roi Glèlè par l’homme-Lion, l’artiste en fait un souverain ambitieux et porteur de grands projets. Le lion n’a pas froid aux yeux, et n’hésite pas à s’attaquer à des proies plus grandes que lui. Le lion a une très haute estime de lui-même et ceci se ressent à travers ses actes et son interaction avec son entourage. Quelque peu narcissique, le lion est parfaitement conscient de ses forces, mais hélas pas toujours de ses faiblesses ; toutefois, il apprend à bien utiliser ses atouts pour se hisser en haut de la pyramide sociétale. Au-delà de tout, c’est un animal sociable qui cherche à s’imposer comme leader dans le cercle de ses amis, position qui lui permet de se sentir bien. Le lion n’aime pas la solitude. Il est également reconnu pour être d’un courage remarquable, d’une extrême générosité et pour avoir un sens aigu de justice. En représentant Glèlè par un homme-lion, l’artiste signifie qu’il est un roi doté d’un sens élevé de sagesse et d’humanisme.  Comment cette œuvre est-elle retrouvée dans les mains du colonisateur ? Le 17 novembre 1892, dans la ville d’Abomey, Béhanzin, successeur de Glèlè, refuse de se soumettre aux troupes coloniales françaises. Mais après deux années de résistance, il se rend au général Alfred Dodds. Il est déporté d’abord en Martinique, puis en Algérie où il meurt. Entre temps, les soldats de Dodds pillent tous les biens royaux dont la statue de Glèlè. Bien qu’il symbolise la force et la puissance, l’artefact est emporté. Tout a une limite.

Daniel DASSI

(École du patrimoine africain et Ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts/ Formation des journalistes culturels sur la restitution des biens culturels au Bénin par la France)