L’association Kulturforum Sud-Nord en Off à la grande exposition de restitution des trésors royaux du Bénin, organise depuis  le dimanche 20 février 2022, dans son nouvel espace culturel à Togbin Plage, une exposition sur le thème : « What will they tell us ? (Que vont-ils nous raconter?) ». Prévu pour prendre fin le dimanche 6 mars 2022, ce projet connaît la participation de trois artistes de renom à savoir Georges Adéagbo, Sica Christelle Yaovi  et  Sanda Amadou.

Victorin Fassinou

« Que vont-ils nous raconter? », tel est le thème de l’exposition off restitution des trésors royaux qui se déroule au Centre culturel de l’association Kulturforum Sud-Nord avec les artistes plasticiens Sica Christelle Yaovi, Sanda Amadou et Georges Adéagbo. En effet, aux dires, du scientifique culturel, Stephan  Köhler, Directeur-Fondateur de Kulturforum Sud-Nord, cette exposition fait suite à un symposium qu’avait organisé son association avec le Professeur Romuald Tchibozo en 2014 sur « L’art contemporain au Bénin se serait-il développé différemment, si les sculptures des ancêtres du Dahomey avaient été exposées dans leur pays depuis leur création ? ». Aujourd’hui, les 26 trésors sont de retour, il est important de se poser un certain nombre de questions. Cette exposition qui se tient en off à la grande exposition de restitution des œuvres à la Présidence de la République est pour interpeller les œuvres qui ont été restituées. Elle  offre à Georges Adéagbo, Sica Christelle, Yaovi  et  Sanda Amadou l’occasion  de questionner  à travers leurs œuvres et  de montrer des processus épistémiques plutôt que des marchandises esthétiques fermées et définies. Ces toiles de meilleure facture, font des interrogations telles que : Que vont-ils dire ces trésors royaux aux Béninois ? Leur présence dans leur lieu d’origine va-t-elle changer la trajectoire de la pratique artistique? « Nous voulons amener chaque citoyen béninois à se poser de bonnes questions sur cette restitution des œuvres », ajoute Stephan  Köhler. « On se demande en dehors de tout ce qui se fait autour des œuvres ramenées au pays,  ce que le gouvernement béninois va continuer à faire pour ces créateurs vivants pour les aider dans leurs productions, les aider à montrer les œuvres au public béninois et d’ailleurs.  Je suis content que quelque chose soit faite par le régime actuel. Il y a un bureau de planification d’une galerie nationale qui est à l’œuvre.  Il a déjà commencé par collectionner des œuvres. C’est déjà un grand pas », souligne M. Köhler.

Des talents salués par les visiteurs

Dans ce projet, Sanda Amadou  a exposé quatre toiles. Trois abordent la culture  peulh et  parlent de sa réalité culturelle en tant qu’artiste, qu’il est et d’où il vient. Ces toiles  relatent le vécu et le quotidien des nomades. « Cette exposition est pour interpeller les œuvres qui ont été restituées.  On se demande si ces œuvres peuvent changer ou apporter quelque chose à la création artistique ? Est-ce qu’elles peuvent changer un peu la trajectoire de la créativité des artistes plasticiens béninois.  L’interrogation de l’exposition s’adresse aux Béninois », confie-t-il. Sica a exposé dans ce cadre sept toiles et une installation. Ses  œuvres, comme à son habitude sont restées ouvertes et interrogent. « Aujourd’hui, on se rend compte qu’on peut exprimer beaucoup de choses à partir de l’art. Le questionnement est vraiment celui-ci.  Quelle va être la suite de la restitution des œuvres et de l’exposition qui se tient au palais ? Est-ce que le travail des artistes va être reconnu ? Est-ce que la place des artistes va-être une véritable place où éphémère ? Comment nous allons transmettre l’art à nos enfants parce que finalement, nous écrivons l’histoire au quotidien comme les œuvres qui ont été  récupérées  et qui pendant des siècles ont servi dans des musées français. Ces  blancs ont gagné pas mal d’argent sur notre travail où  on nous  a toujours fait croire qu’on ne connaissait rien à l’art à l’esthétique. Finalement quand on voit les œuvres récupérées, on  se rend compte qu’était très doué à l’art.  Mais peut-être en grandissant avec depuis la base, on aurait eu beaucoup confiance en nous.  Aujourd’hui la nouvelle génération va pouvoir grandir avec cela. Donc, il est normal qu’on se pose des questions.», explique Sica. L’installation de Georges renseigne sur ce que c’est que l’art. Elle indique que l’art est dans la nature. Et c’est l’art qui fait l’artiste. L’artiste n’est un missionnaire  qui recherche la deuxième personne de soi  et accomplit la mission qu’est  l’art de la nature. Le vernissage de l’exposition a enregistré pas mal de personnalités pionnières du monde culturel, à savoir Bénédicte Savoy, (qui a déclenché le débat de la restitution) Alicia Knock (Centre Pompidou Paris) et Chris Dercon, (Président de la Réunion des Musées Nationaux) membres du corps diplomatique et des  amoureux de l’art. A l’occasion, ils ont donné leur avis et impression sur le  rapport futur entre la population béninoise et ses artistes. Aussi ont-ils reconnu et salué la qualité des œuvres exposées et le talent des trois artistes. Pour eux, l’exposition « What will they tell us ? (Que vont-ils nous raconter?) » qui prend fin le dimanche 6 mars 2022, est déjà une réussite. Mentionnons que le nouvel espace culturel de Kulturforum Sud-Nord à Togbin est situé à 2km ouest après le carrefour Club du Roi.