Israël Mensah, prêtre de l’Oratoire et  président Fondateur de Mémoires d’Afrique a également effectué le déplacement pour visiter les 26 œuvres d’art du royaume d’Abomey restituées par la France sur la demande officielle des autorités béninoise exposées  à la Marina le 30 avril 2022. Fier donc de l’histoire et de la particularité que révèlent ces œuvres, il a souhaité qu’elle inaugure un tournant véritable des rapports communs à la culture. Ces œuvres constituent également pour lui une présentation à la fois anthropologique, historique et esthétique.

Lire sa déclaration après la Visite des 26 œuvres restituées par la France

Je sors de la Présidence de la République où j’ai tenu à visiter l’exposition des 26 œuvres d’art du royaume d’Abomey, restituées par la France sur la demande officielle des autorités béninoises. Ce sont des œuvres de première importance pour notre pays.

Selon des experts, 85 à 90% du patrimoine africain seraient hors du continent. Je me réjouis de ces démarches, de leur aboutissement, de ce qui en résulte actuellement et que j’ai vu. Comme beaucoup d’entre nous, j’ai éprouvé au cours de cette visite une émotion et un sentiment d’appartenance très forts à un peuple qui se bat pour son identité et qui prépare l’avenir de ses enfants, un peuple qui se projette dans le monde contemporain.

Je n’ai pas souvenance d’une présentation muséographique aussi magistrale d’une telle partie fondatrice du Bénin, de son patrimoine culturel. C’est une présentation à la fois anthropologique, historique et esthétique. Je souhaite ardemment qu’elle inaugure un tournant véritable dans notre rapport commun à la culture.

Nous ne pouvons ignorer que pour beaucoup la priorité culturelle, si nécessaire, n’est pas une évidence. Elle est mise à mal par une question récurrente, lancinante pour certains (Est-ce que c’est vital pour ma famille et pour moi ? Est-ce que c’est ce qui va me nourrir ?). Certes, les défis auxquels est confronté notre pays sont nombreux mais nous devons nous féliciter de la volonté politique, de la détermination et du goût pour la culture des autorités béninoises. Cependant tout n’est pas à valoriser de cet héritage même s’il constitue notre histoire.

Nous devons souhaiter que l’’élite donne l’exemple et prenne la tête de ce mouvement de renaissance historique et culturelle par des réalisations pérennes, de grande qualité comme celle que j’ai vue. Il faut souhaiter aussi que les fonds qui seront alloués pour l’entretien des lieux de cultures en projet/annoncés, serviront bien à cela et pas à autre chose.

. Cela étant, il faut nous rappeler, ici encore, qu’un seul homme ou une poignée d’hommes ne peuvent porter un pays à bras le corps et qu’il appartient à chacun de contribuer à élever ses valeurs et ses mentalités. Par l’éducation, et l’apport de notre culture, c’est possible. J’en suis convaincu.

Aussi en ma qualité d’enseignant et de béninois, je ne peux que soutenir cette action de mise en lumière de notre patrimoine. Elle rejoint mes convictions et les idées que je défends depuis bientôt 25 ans avec Mémoires d’Afrique dont la ligne de force est que « Mieux on se connaît, mieux on peut s’ouvrir à l’autre ». Cette connaissance est le cœur de l’action de Mémoires d’Afrique, son point de départ, fondé sur une matière première, un socle historique encore accessible aujourd’hui : les contes, les mythes et les légendes qui sont bien là, dans la mémoire des anciens. Notre privilège est que personne n’a rien à nous restituer pour que l’on entreprenne une action de renaissance. Mais il ne suffit pas de répéter, de conter pour conter sans cesse. Il faut innover. L’exposition d’où je sors a très intelligemment innové. Les 26 œuvres sont en dialogue avec des œuvres contemporaines très inspirées. Elles mettent en valeur nos propres artistes qui sont nos ambassadeurs culturels dans le monde.

Deux d’entre eux sont des partenaires de Mémoires d’Afrique : Julien Singozan, a qui nous avions fait appel en 2005, pour certaines illustrations de la première édition, du premier livre « Contes et Légendes du Bénin », œuvre nationale de notre association et Dominique Zinkpè, autre immense artiste avec lequel nous poursuivons une collaboration étroite. Il est heureux que cette exposition ait associé sans exclusion tous les artistes béninois de talent, que tous puissent contribuer à cette part de rêve bénéfique pour tous.

En 2012, Mémoires d’Afrique a fait dialoguer dans un même ouvrage, publié chez Gallimard, des contes grecs, béninois et français pour faire découvrir un volet de notre patrimoine oral à travers l’écriture. Il s’agissait de promouvoir dans notre monde contemporain un dialogue entre civilisations autour de thèmes universaux, Ce livre, qui est aujourd’hui utilisé dans certaines écoles européennes, vient d’être réédité : « Contes croisés quand l’Afrique et l’Europe se répondent ». J’ajouterai qu’en 2000, lors de la remise des prix du concours national des contes et légendes, ce sont des artistes de danses traditionnelles des différentes cultures du pays qui ont été mis à l’honneur. Un art vivant qui, lui aussi, irrigue notre patrimoine.

Cet événement, au Palais de la Marina, est de première importance dans le cheminement et le combat de Mémoires d’Afrique, aussi je voudrais lancer un appel publiquement et humblement aux autorités et aux organisateurs de cette exposition afin que nous puissions nouer ensemble un partenariat pérenne tout en respectant le périmètre de nos institutions et de nos champs d’actions spécifiques. Ensemble, nous pouvons porter plus loin cet évènement, renforcer notre action nationale, continentale et internationale commune pour notre Pays. Je souhaite ardemment que nous puissions joindre nos efforts afin qu’ensemble nous portions notre héritage et notre culture.

 Merci à vous tous.

Israël  Mensah  Prêtre de l’Oratoire et  président Fondateur de Mémoires d’Afrique