L’Ecole du Patrimoine Africain (Epa) en collaboration avec le Bureau régional de l’Unesco basé à Dakar a lancé depuis ce lundi 5 juillet 2021 une session de formation qui va durer trois semaines sur le trafic illicite des biens culturels (Tibc). La formation est adressée aux acteurs culturels du patrimoine ainsi que les chercheurs et étudiants de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. La formation réunit 38 participants  de 16 pays.

El-Hadj Affissou Anonrin

A en croire les organisateurs, il sera question au cours de cette formation de clarifier les enjeux du Tibc en Afrique subsaharienne à travers la connaissance de la typologie des objets d’art en Afrique afin d’améliorer l’identification et l’authentification des objets culturels, des pays (Faits et chiffres), des cadres légaux internationaux et nationaux, des tendances actuelles dans un contexte sécuritaire tendu au Sahel ainsi que  les nouveaux modes de vente (internet, Facebook). Toujours au cours de la formation, la problématique du trafic illicite des biens culturels sera envisagée sous l’angle d’une chaîne de valeurs et chaine d’acteurs (douanes, polices et musées/experts en patrimoine). A ce sujet, il sera question d’identifier les acteurs, de comprendre les responsabilités et le rôle de chacun de ces acteurs dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels  et les techniques d’investigation, de connaître les différents outils existants (formation Pitch, Base de données Interpol, livret des forces de l’ordre et de sécurité…) ainsi que les différents marchés sur lesquels les objets culturels sont trafiqués (formels, informels, physiques et virtuels). Comprendre de manière plus approfondie le rôle des experts du patrimoine dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels (Tibc) à travers la mise en sécurité des objets, l’identification, l’inventaire, la conservation préventive, la gestion des risques et d’urgences liés aux vols, les attaques extérieures… notamment liés aux situations de conflits ou post-conflits, les enjeux archéologiques, les enjeux de restitution et le retour des biens culturels; constitue aussi l’un des objectifs assignés à la formation.

Une formation de pointe assurée par des formateurs au point

Fallo Baba Keita, Conservateur-restaurateur, spécialiste en patrimoine culturel et développement, est celui qui aura la lourde responsabilité de coordonner cette formation qui sera sanctionnée par un certificat. De nationalité malienne, Keita Fallo Baba fut un des acteurs clés pour la création de l’Ecole du Patrimoine Africain (Epa) qu’il a dirigé de 2010 à 2014. Depuis cette date, il est membre du réseau Unesco de facilitateurs pour la promotion du patrimoine culturel immatériel (Convention 2003), et Expert associé auprès du Secteur Culture du bureau Unesco de Bamako. Il sera appuyé par Vincent Négri, Diala Touré, Séyni Moumouni, Marina Schneider, Khadiatou Camara, Guiomar Alonso Cano et bien entendu Franck Ogou. Les cours qui se dérouleront via la plateforme elearning de l’Epa permettront aux participants d’échanger sur plusieurs thématiques à savoir : « Le trafic illicite des biens culturels (Tibc) et le rôle des acteurs du patrimoine » ;  » La Typologie des objets culturels » ; « Les cadres légaux nationaux et internationaux de protection des biens culturels » ; « L’approfondissement sur la typologie des objets culturels en Afrique de l’Ouest et Centrale » ; » La Gestion des risques et urgences pour les musées et autres lieux du patrimoine »,  » Le Trafic illicite de biens culturels : le cas des manuscrits » ;  » La restitution des biens culturels : Enjeux actuels, opérationnalisation et cas pratique ». Bien entendu, un accent particulier sera mis sur La Convention Unesco de 1970 et la Convention Unidroit de 1995, le  Contexte mondial et la situation en Afrique de l’Ouest/Sahel, le lien entre Tibc et les conflits armés ; la  Géopolitique et les jeux d’acteurs  internationaux…Il sera aussi question de voir comment fonctionne le marché de l’art aujourd’hui et quelle est la valeur économique des biens culturels. La protection du patrimoine culturel dans les législations nationales ; la prise en charge par l’Etat du patrimoine culturel ; les mesures nationales de reconnaissance et de protection d’un patrimoine national ; les responsabilités  des collectivités, des communautés et des ayants-droits ; la réglementation des patrimoines à risque seront aussi des notions à affiner. Ceci, sans oublier les rôles et les responsabilités des acteurs du patrimoine dans la lutte contre le TIBC. Les outils juridiques de prévention et de lutte contre le trafic illicite des biens culturels seront également revisités à travers des états des lieux des cadres juridiques pour la protection des biens culturels en Afrique de l’Ouest notamment en ce qui concerne les ratifications par pays  et la  présentation sommaire des appareils juridiques existants.

Une formation bien justifiée

« Organisée conjointement par l’Epa et le bureau régional de l’Unesco Dakar, cette  formation est une contribution à la mise en œuvre de la Convention Unesco de 1970 », a rappelé M. Franck Ogou, Directeur de l’Epa. Pour lui, cette formation que va assurer l’Epa est le signe de la reconnaissance du travail que fait cet établissement depuis des années. Il a remercié l’Unesco Dakar pour la confiance qu’elle a placée à l’Epa. Il a aussi appelé les participants à beaucoup d’engagement. Pour rappel d’ailleurs, la Convention Unesco de 1970 est un  instrument  majeur du cadre juridique international concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert illicites des biens culturels. Le trafic illicite des biens culturels (Tibc) est un enjeu de société en Afrique. Ces quinze dernières années ont été le théâtre d’une recrudescence du Tibc particulièrement dans les zones touchées par les conflits armés. Dans le même temps, il y a une demande accrue de biens culturels sur les marchés internationaux aussi bien physiques que virtuels marqués par une forte présence de biens culturels africains. Selon le « Global Art market report » de l’équipe dirigée par Clare Mac Andrew, le marché de l’art aurait généré 64,1 milliards de dollars en 2019. La diffusion d’une connaissance de base des problématiques et du fonctionnement de la chaine du Trafic Illicite des Biens Culturels (Tibc) auprès des experts et professionnels africains du patrimoine est un défi essentiel. L’information et la formation constituent des moyens efficaces pour lutter contre le trafic illicite des biens culturels   qui est en train de priver l’Afrique de son patrimoine. Voilà ainsi donc résumé ce qui justifie l’organisation de ladite formation.

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