Le démon de la division qui plombe depuis des temps immémoriaux le développement de la ville de Porto-Novo, capitale du Bénin est désormais exorcisé. Offensés et offenseurs ont fumé le calumet de la paix. Ceci, grâce à un seul homme : Karim Urbain Da Silva…Il a procédé hier jeudi 27 janvier 2022 à l’inauguration du Mausolée de l’ancêtre Akakpo qui, il y a environ quatre siècles avait proféré des malédictions contre la ville de Porto-Novo.

Cyrille Babatoundé

« La cérémonie qui nous réunit ce jour est placée sous le signe du remerciement à Dieu Tout Puissant et Miséricordieux pour cette œuvre que nous avons réalisée ensemble… Elle symbolise l’union des fils et filles de Porto-Novo, pour un épanouissement, pour un essor véritable et harmonieux de notre terroir ». C’est par ces mots que le Patriarche Karim Urbain Da Silva a introduit son allocution lors de la cérémonie de remise des clés du Mausolée qu’il a érigé en mémoire de l’ancêtre Akakpo hier jeudi 27 janvier 2022. Ceci, devant un parterre de personnalités au nombre desquelles on peut distinguer sa majesté KpodagbaLokpon VIII, roi de Porto-Novo ; Mito Akplogan Guin Agbotozounmè, Chef de culte des religions endogènes ; Mito Yovogan et plusieurs autres têtes couronnées et gardiens de la tradition de la cité des Aïnonvis aux côtés de qui se trouvaient le Maire Charlemagne Yankoti un Représentant du Préfet de l’Ouémé… Poursuivant ses propos, le Patriarche Da Silva a fait observer qu’en optant pour l’exemple de la concorde et de l’union à travers l’inauguration de ce Mausolée, Porto-Novo vient ainsi d’affirmer son choix qui est celui de la paix entre ses fils.  « J’ai la conviction que nous avons passé un cap et que les terribles blessures jadis connues se sont refermées comme une fleur fanée, pour laisser place à l’éclosion de notre bonheur d’être ensemble, de vivre ensemble, de regarder l’avenir ensemble et de bâtir ensemble… », a poursuivi Karim Da Silva du haut de ses 94 printemps.  Saisissant l’occasion de cet événement dont la portée historique n’est plus à démontrer, il a surtout exhorté les portonoviens à être rassurés parce que le mauvais œil s’est éloigné définitivement. « Les chaînes de l’enlisement sont rompues. Les ailes du développement sont libérées. Le souffle court connait enfin son terme », a-t-il ajouté avec beaucoup de fierté. Pour finir ses propos, il a surtout dit toute sa reconnaissance au Président Patrice Talon grâce à qui nous sommes en paix dans notre pays le Bénin pour la simple raison qu’il a su gérer avec intelligence les nombreuses situations difficiles et les périls auxquels le Bénin a été confronté ces trois dernières années. Dans son intervention, le roi de Porto-Novo Kpodagba Lokpon VIII a salué à sa juste valeur l’acte historique qui a été posé par le Doyen Urbain Karim Da Silva de concert avec le Conseil des sages de Porto-Novo…Cet acte, a-t-il dit, prouve que le Patriarche Da Silva est un véritable artisan de la paix. Il a aussi prié afin qu’à travers cet acte, la paix règne dans la cité des Ainonvis. Lucien Toudonou, représentant les Akotawiaton, c’est-à-dire les descendants de l’ancêtre AKakpo a lui aussi dit toute sa gratitude au Doyen Da Silva. Il en est de même du Maire Charlemagne Yankoti. Pour lui, c’est en tout cas un grand jour qui se lève sur la ville de Porto-Novo.  « Il n’est jamais tard pour demander pardon. L’acte posé ce jeudi 27 janvier 2022 grâce à l’ingéniosité du Patriarche Karim Da Silva est l’aboutissement d’un long processus.  Nous remercions Dieu de l’avoir inspiré à aller jusqu’au bout. Nous gardons le ferme espoir qu’après tout ce qui a été fait, l’ancêtre Acakpo pardonnera à chacun sa faute pour le bonheur de la ville de Porto-Novo », a dit le Maire Yankoti.

 Qui est Akakpo  et pourquoi réhabiliter sa mémoire ?

Selon le récit des faits, « Awèsu devenu Tê-Agbanlin et ses compagnons atteignant Porto-Novo et gagnant des terres ici et là pour agrandir leur territoire Adja (Adjatchè), ont commis une injustice par du sang innocent versé qui crie vengeance jusqu’à nous aujourd’hui, malgré tout ce temps écoulé depuis le 18e Siècle ». C’est du moins ce qu’a fait savoir le Patriarche Da Silva. « Akakpo, le percepteur appartenait à la communauté des Akotawiaton. C’est lui qui collectait l’impôt auprès des communautés Yoruba, d’origines diverses à l’intérieur du Royaume d’Oyo au Nigeria et vivant à Porto-Novo. L’ancêtre Akakpo fut enseveli, au bon vouloir du roi Tê-Agbanlin, debout et vivant, jusqu’au niveau des épaules, dans un trou creusé à un endroit situé aux abords de l’actuel palais Honmè de Porto-Novo. Au moment des faits, il interrogea ses assaillants sur la nature de l’acte qu’il aurait commis et qui lui valait de mériter un tel sort. Oga Ègbami. Kinimonché, dit-il dans sa langue. A cette supplication, Tê-Agbanlin demanda que l’on recouvre sa tête d’une calebasse. Et mort d’étouffement, il fut totalement enseveli. Le sable lui couvrait tout le corps jusqu’au dessous de la tête. On planta ensuite un palmier à cet endroit appelé Ogagbami. Mais avant de rendre son dernier souffle, l’ancêtre Akakpo  proféra de terribles malédictions contre ses assassins et sa ville. Ainsi, la discorde et la guigne régneront toujours à Porto-Novo, tant que l’âme du supplicié planera sur la ville…

 Urgence à l’action

Ne pouvant pas rester les bras croisés à ne rien faire, le Patriarche de Porto-Novo et d’autres sages acquis à sa cause ont alors décidé de conjurer le mal. A la recherche d’une solution aux maux qui minent Porto-Novo depuis des décennies, des démarches ont été donc entreprises. «  Nos recherches nous ont conduit à l’Est, chez nos Grands voisins du Nigeria, en terre Yoruba, d’où nous croyions tenir l’origine des problèmes de  Porto-Novo. Mais toutes les cérémonies, sacrifices, libations et évocations des mânes de nos ancêtres, depuis cette époque, furent vains et inutiles, sinon même que les choses se sont empirées, parce que n’étant guère la solution », a révélé le Patriarche. « C’est continuant sans désemparer nos recherches que nous sommes arrivés à découvrir l’origine du mal ici, parmi nous, entre nous. Akakpo, le percepteur, victime des Alladanou, les nouveaux arrivants, proféra au cours du châtiment auquel il fut soumis, avant une mort cruelle, de terribles malédictions. La raison en est toute simple, mais il fallait y penser ou en avoir été bien instruit à défaut de faire de sérieuses et fructueuses investigations », a-t-il ajouté. Pour lui d’ailleurs, le problème est donc en ville. « Les offenseurs sont du côté des Alladanou descendants de Tê-Agbanlin et les offensés de celui des Akotawiaton… Telle est la conclusion à laquelle nous sommes parvenus », a tranché le Patriarche qui a fait observer le parallélisme avec la création du Royaume d’Abomey où Dogbali, le jeune frère de Awèsu dit Tê-Agbanlin, fondateur du Royaume de Hogbonou, tua Dan pour implanter dans son ventre la fondation de sa case d’où le nom de Danhomè  donné par lui-même. Pour Karim Urbain Da Silva, les deux composantes du peuple Goun de Porto-Novo doivent se pardonner, se rassembler et se retrouver. Et c’est bien ce que le Conseil des sages qu’il préside a fait. Les deux composantes ont été approchées et de part et d’autre, la volonté est réelle d’en finir.

 30 décembre 2021: une date historique

Après plusieurs tentatives infructueuses, la cérémonie du pardon a fini par avoir lieu le 30 décembre 2021 à Komè, quartier Lokossa à Porto-Novo. Les offenseurs ont clairement à haute et intelligible voix, sollicité le pardon des offensés. Ces derniers ont reçu cette demande de pardon qu’ils ont accepté fraternellement. Cet instant solennel très émouvant a vu couler des larmes, pour la réconciliation. L’ancêtre Akakpo, plus de 380 ans après a fini par avoir une digne sépulture. Du sable constituant ses restes a été prélevé autour de sa tombe. Ce sable a été recueilli dans un cercueil avec divers objets funèbres en invoquant son âme. Tout ceci a été inhumé décemment et à nouveau selon les rites de sa communauté et par les siens…Les clés du Mausolée érigé en mémoire de l’ancêtre Akakpo sont désormais dans les mains des offensés… Une œuvre utile vient donc d’être accomplie grâce à l’ingéniosité de Karim Da Silva qui n’a pas lésiné sur les moyens au nom de la paix à Porto-Novo.